Ce que j’avais cru être un soulagement n’était pas très bon pour moi. C’était comme si je forçais mes larmes à couler alors que je n’en avais pas envie. Pendant un certain temps, un mois peut-être, je pleurais sans y penser, mécaniquement. Puis un jour j’ai plongé dans l’eau, tête première, du cinq mètres.
Ne pas regarder en bas. Ne surtout pas faire face à la réalité.
Épuisée. Back order.
Dans la piscine c’était l’été. Mais tout ce que je recherchais en dedans, pour ne plus me sentir bouger, respirer, pleurer, aimer, c’était le froid glacial. L’hiver.
Dehors c’était l’hiver.
La rivière était blanche, solide. Une fumée diffuse embrouillait sa surface. Elle s’évaporait. J’ai alors su que j’étais au bon endroit. J’avais encore mon maillot de bain humide sous mes vêtements. J’ai enlevé mes bottes Sorel et mon manteau. J’avais froid. Depuis la rupture, c’était la première fois que je me sentais aussi bien. Je n’étais plus moi-même.
Je ne savais pas trop par où commencer. Où me jeter dans l’eau. Comme s’il n’y avait pas de point d’ancrage au bord de la rivière. Au bord de la route. Car chez nous l’étendue côtoie de près la route pavée. En fait, c’est plutôt elle qui contourne la rivière. En auto le chemin est sinueux et on a presque peur de rejoindre le fond de l’eau si les freins viennent à manquer. En bas de la rue Labbé, trois choix s’offrent à nous : tourner vers le village à gauche, vers l’université à droite, ou bien continuer tout droit et se noyer dans la rivière.
Je ne me souviens que de peu de choses. Un passant qui s’arrête. « Qu’est-ce que tu fais là? »
Un canard. Je me souviens d’avoir pensé : « Vous n’êtes pas dans le sud à ce temps-ci de l’année? » Et puis plus rien.
Sans toi je m’évapore.
Doucement, en bas de la côte Labbé.