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Oct262009

État gazeux
Après notre rupture, j’ai commencé à aller nager. Je nageais à la piscine de l’université avant d’aller à mes cours le matin. Parfois aussi le soir, quand j’en avais vraiment besoin. C’est en fait un besoin que je me suis créé. Pour masquer ma souffrance. Pour faire comme si je ne pleurais pas vraiment. Je n’aimais pas tellement ce sport, c’étaient ses post-avantages qui m’importaient. Quand je plongeais mon corps dans l’eau, je pouvais laisser couler mes larmes sans que rien ne paraisse. Même que je réussissais à y croire. Je ne pleurais pas pour vrai.

Ce que j’avais cru être un soulagement n’était pas très bon pour moi. C’était comme si je  forçais mes larmes à couler alors que je n’en avais pas envie. Pendant un certain temps, un mois peut-être, je pleurais sans y penser, mécaniquement. Puis un jour j’ai plongé dans l’eau, tête première, du cinq mètres.

Ne pas regarder en bas. Ne surtout pas faire face à la réalité.

J’ai plongé. Moi d’habitude si anxieuse devant les hauteurs. Moi avec mon éternelle frousse de me jeter dans le vide. J’avais vidé mes sources de pleurs. Sans ressources.

Épuisée. Back order.

L’eau n’était pas assez froide. Je m’y étais trop accoutumée. Elle n’avait plus cette faculté de me saisir, de m’enlever à la réalité. De me faire passer d’un état solide à liquide. Je ne me transformais plus, j’étais toujours la même alors qu’il me fallait changer. Devenir un état gazeux. M’évaporer.

Dans la piscine c’était l’été. Mais tout ce que je recherchais en dedans, pour ne plus me sentir bouger, respirer, pleurer, aimer, c’était le froid glacial. L’hiver.

Dehors c’était l’hiver.

La rivière était blanche, solide. Une fumée diffuse embrouillait sa surface. Elle s’évaporait. J’ai alors su que j’étais au bon endroit. J’avais encore mon maillot de bain humide sous mes vêtements. J’ai enlevé mes bottes Sorel et mon manteau. J’avais froid. Depuis la rupture, c’était la première fois que je me sentais aussi bien. Je n’étais plus moi-même.

Je ne savais pas trop par où commencer. Où me jeter dans l’eau. Comme s’il n’y avait pas de point d’ancrage au bord de la rivière. Au bord de la route. Car chez nous l’étendue côtoie de près la route pavée. En fait, c’est plutôt elle qui contourne la rivière. En auto le chemin est sinueux et on a presque peur de rejoindre le fond de l’eau si les freins viennent à manquer. En bas de la rue Labbé, trois choix s’offrent à nous : tourner vers le village à gauche, vers l’université à droite, ou bien continuer tout droit et se noyer dans la rivière.

Moi je vais droit devant. M’ancrer m’importe peu. Je plonge à la première occasion. Mes pasdans la neige me font mal. C’est ce qui me force à me baigner dans la glace. L’eau est froide, mais pas gelée. Ma fièvre, au lieu de s’estomper, prend de l’ampleur. Je ne me rappelais pas que la pire chose à faire dans ce cas là c’est d’être en contact avec le froid.

Je ne me souviens que de peu de choses. Un passant qui s’arrête. « Qu’est-ce que tu fais là? »

Un canard. Je me souviens d’avoir pensé : « Vous n’êtes pas dans le sud à ce temps-ci de l’année? » Et puis plus rien.

Ma tête accostée sur une couche de glace, lambeaux de cheveux glacés. Je ne suis plus rien. Sans toi je suis gelée comme une balle. Ma vie me dit adieu.
 

Sans toi je m’évapore.
Doucement, en bas de la côte Labbé.



Admin · 395 vues · 1 commentaire
Oct282008

Sang
Je sens mon monde défiler entre mes doigts. Je veux m'y agripper, mais mes ongles se détachent de mes doigts, ma main n'est plus qu'une mare de sang dans laquelle je sens mon coeur fléchir. J'ai peur de prendre les mauvaises décisions. Il est peut-être déjà trop tard. Quand la vie ne fait qu'avancer, que les ombres s'effacent derrière moi, le temps n'a plus le goût de figer. La vieillesse semble si banale quand on est jeune. On se dit qu'on va tous y passer... "et alors?", qu'on se dit tous. Mais c'est moins simple que ça. C'est le caractère neutre de l'inconnu qui fait ça. On ne peut rien savoir si on ne l'a pas vécu. Et aujourd'hui je commence à le ressentir. Je ne peux plus reculer, et ça me fait mal. Je n'ai jamais pu le faire, vrai, mais je n'avais jamais voulu, avant. Je voulais vieillir. Je suis dans la phase de ma vie où je ne veux pas vieillir, mais pas rajeunir non plus. Je suis neutre? Non. Être neutre c'est n'y accorder aucune importance, y être indifférent. Je suis terrifiée. Mon sang circule sans moi, ailleurs, il regarde ailleurs. Il se vide lentement de sa substance, il se prépare. À toutes les éventualités possibles. Belles et affreuses. Vieilles, laides, ou somptueuses. Mon sang attend, comme le sang des autres.

Admin · 260 vues · 2 commentaires
Oct212008

Aspirer
Avec l'ombre d'un doute, je regarde mes yeux se fermer. Lentement, je sombre dans un gouffre et plonge dans une rivière froide. Les yeux sont mon seul moyen de survivre quand mon coeur est aveugle. Je suis l'amour des yeux. Je ne peux pas toucher, mais je regarde pour deux. C'est une torture. Il vaut mieux vivre un amour que d'en être spectateur, alors si on ne peut s'y abimer, il faut l'oublier.

Le doute est l'ennemi de l'indifférence, mais ils ne se rencontrent jamais.

Admin · 243 vues · 2 commentaires
Sep232008

La danse


Dans les soupirs de tes dents, se cache un souffle plus chaud qu’une aurore d’été. Plus doux qu’un vent de pétales et aussi dense que les mots qui s’y engouffrent. Tu ne sais pas comment tout dire. Tu n’as encore rien dit, mais je le sens. Tu pourrais tuer les arbres, les champs et les plaines si tu n’avais pas à me dire tout ça. Tu préférerais tant ne pas avoir à les peser, ces mots. Ces phrases. Ces silences. Mais je sais aussi que tu ne pourras pas fuir. Tu ne veux pas. Tu le diras.


« Je t’aime »


J’en ai le souffle brisé, rompu. Comme si tu découpais ma voix et ma gorge et que tu les séparais. Je te donne ma voix. Fais-en ce que tu veux. Écris-moi une chanson et fais chanter nos voix ensemble. Je t’honorerai comme tu viens de le faire. Je danserai pour toi. Je te redonnerai ce qui t’a tant manqué. Merci.


Admin · 258 vues · 1 commentaire
Aoû212008

Le professeur

Je ne sais pas si j’ai mal. Ou si ça me fait du bien. C’est comme l’eau froide, tellement gelée qu’on a l’impression qu’elle nous brûle les doigts. Les extrêmes. Deux choses complètement opposées qui peuvent se ressembler. Au moins je sais que je n’y suis pas indifférente. Ça m’obsède. Devant l’impuissance du monde, je tremble, mais je ne sais pas pourquoi. Il y aurait plein de raisons, si seulement je voulais les voir. Je préfère les ignorer, elles n’ont pas vraiment d’importance. Dans un monde sans réponses, on ne peut que se questionner. Penser aux réponses qu’on suppose. Ça ne donne pas grand chose. Ce sont des suppositions qui ne seront jamais appuyées. C’est la mort seule qui efface les questions. Mais la mort est une question, alors...

Vie, mort, vie, mort, maladie, souffrance, été, jouissance, paradis, artificiel, grandir, aimer, souffrir, aimer, grandir, haïr, mourir.


« Ça se résume à ça? Vraiment? »


C’est cette phrase, cette voix qui avaient mis un bémol à la confiance qu’il avait acquise à travers les années. Les mots qui défilaient au tableau sur une ligne du temps abstraite s’effacèrent doucement, comme si c’était elle, elle-même qui effaçait.

« Vous m’en direz tant sur votre lit de mort! Allez, c’est tout pour cette fois, on se revoit la semaine prochaine pour la remise du travail de session. Bonne fin de semaine à tous! »

Il se dépêcha de ranger ses effets pour ne pas avoir à la confronter, car il savait qu’elle serait assez tache pour lui parler personnellement. Il avait vu juste.


« Bonne fin de semaine, M. Hall »


En fait, il avait presque vu juste.


Admin · 222 vues · 1 commentaire

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